Tuesday, 15 October 2013

Samedi : à l’arrache, grimper à flanc de montagne, atteindre Bandipur

De toute la semaine précédente, j’ai bataillé pour organiser ce week-end, en bonne occidentale que je suis. Mais au final rien n’a fonctionné. Alors mon chef m’a convaincue de partir à la népalaise : sans réservation de transport, d’hôtel. Improvisation totale. « De toute façon vous ne dormirez pas dans la rue : vous êtes blancs, et les Népalais ne refusent jamais l’hospitalité ».

 Samedi matin, 6h. On se lève, on se prépare, direction la station de bus touristiques, normalement tous overbookés puisque c’est un long week-end de festival (note : il n’y a pas de train au Népal, et les avions sont chers. Tout le monde prend donc le bus). La stratégie : essayer de trouver 2 sièges libres, et si ca n’est pas possible, on prendra un taxi jusqu’à la gare des bus locaux, tout petits et inconfortables, mais avec beaucoup plus de chances de trouver un siège. On va donc de bus en bus en demandant des places. On finit par en trouver, les 2 derniers sièges dans un bus bondé. On paie un peu plus cher, mais peu importe, on peut partir !

5h de trajet jusqu’à Binalmagar, sur l’une des rares « routes » du pays. Elle est étroite, serpente dans les montagnes, et n’est pas toujours goudronnée. Les bus ici sont majoritairement vieux et sans suspension, ce qui donne un effet de montagne russe permanent. On tressaute, on est bringuebalés dans tous les sens. Pour celui qui a le mal des transports, ce trajet se transforme en cauchemar. Mais pour nous, ca va !
Ca et là, les sommets himalayens nous font des clins d’œil. Ca vaut le détour :)

Le bus s’arrête à Binalmagar, et nous laisse tous les 2 sur le bord de la route, dans un tout petit bled presque désert. Le bus étant équipé d’air conditionné (rare !), là du coup c’est le choc climatique : il doit bien faire 34 degrés. On finit par trouver une dame qui nous fait à manger, des pâtes chinoises hyper épicées ! Mais on commence à être habitué :) La chaleur des épices (piment) combinée à la chaleur extérieure, je vous promets que ca fait vraiment suer. Puis on prend le chemin des montagnes, avec nos sacs-à-dos. Le chemin est tout en escalier, bien conçu, mais dès les premiers mètres, ca monte dur ! On se retourne de temps en temps pour admirer le paysage derrière nous : la rivières, les montagnes, et dans le fond, les pointes himalayennes qui sortent des nuages ici et là.
Au bout d’une heure, on arrive dans une grotte. Un guide sorti de nulle part nous donne une lampe et nous accompagne. L’entrée paraît toute petite : ah, oui, pour continuer dans les profondeurs de la montagne, il faut escalader un mur de stalactites avec une simple corde. Toute la visite ressemble à ca : une bataille contre la pesanteur, contre les parois lisses et mouillées qui glissent dangereusement. A un moment, le guide nous dit de descendre sur une échelle, posée en équilibre contre une paroi, elle aussi bien glissante. Il nous dit de faire très attention parce que c’est « very danger », et que si on tombe, on se scratch en bas, dans la fosse de 60 mètres. Bref, c’est l’aventure. Le guide parle un anglais très bancal et le plus souvent, c’est du népalais. Parfois je comprends, parfois pas, enfin c’est vraiment l’aventure !
A plusieurs endroits dans la grotte, on trouve des petits piquets en métal. C’est ici qu’on attache les chèvres qu’on va sacrifier pour Shiva, déesse hindoue. Gloups, ca fait froid dans le dos de penser que ces pauvres bêtes sont amenées ici, dans le noir complet, et que leur ultime « Bêêê » doit résonner dans toute la cavité… Bref ! On sort de la grotte, complètement aveuglés par la lumière extérieure.
C’est reparti pour un peu de marche ! Enfin un peu… On grimpe, on arrive au sommet de la première montagne. Où est notre village ? Bon, continuons. On est pas trop certains du chemin à suivre, les paysages sont magnifiques, mais bon sang il fait chaud, les 10 kgs dans le sac-à-dos commencent à tirer sur les épaules et les jambes fatiguent ! Et paf, une deuxième montagne, encore plus haute, apparaît. Je dis en rigolant : « bah j’espère qu’on va pas la monter celle-là ». La bonne blague ! Sauf que là, ca grimpe à pic, comme si on remontait une piste noire, toujours sous le soleil caniculaire. Les escaliers aux marches inégales s’égrènent et semblent ne jamais s’arrêter. C’est un vrai défi, physique et psychologique. On ne peut plus faire demi-tour, mais peut-on encore aller de l’avant ? Je m’imagine rattrapée par la nuit, à devoir dormir ici, au beau milieu de nulle part, avec les araignées géantes (cf photo), les criquets et autres bestioles. On entame notre dernière bouteille d’eau, on est complètement trempés de sueur et à sec dans les gosiers. Bref, la charmante balade perd gentiment de son charme. Je ne souris plus du tout, l’une de mes cuisses est prise de crampe et refuse de me porter. On commence à entendre des voix, venant de l’autre côté de la montagne : le village serait-il là derrière ? On finit par croiser une touriste chinoise, toute fraîche, qui nous dit que le village n’est effectivement pas loin. Elle s’écrit « waaaaaaouuuuh » quand elle apprend qu’on a grimpé jusqu’ici. 1030 mètres de dénivelé plus exactement, sachant qu’on est partis de tout en bas, de la rivière. 1030 mètres en 4h.
 On arrive en haut, on passe sous un bananier, les cris d’enfants se font plus précis. D’un coup, on les voit ! Ils sont entrain de faire de la balançoire, typique de Dashain (cf article sur le sujet). Ils nous disent bonjour, papotent un peu, tout sourires.

Ici, tout en haut de cette montagne, c’est le vrai Népal qui s’offre à nous : des maisons en terre battue ou en pierre, des jardins pleins de fleurs et de légumes, des gens dans les rues qui sourient et nous souhaitent la bienvenue, des petits chemins escarpés entre les maisons, et une vue absolument incroyable sur la succession de montagnes, à perte de vue. C’est la vie rurale, toute simple. On descend un peu, on trouve la rue principale, mais y a pas grand monde ! On demande où on peut trouver un hôtel, mais celui indiqué est déjà plein. Où sont les touristes ? Bandipur n’est pas des plus connus, mais quand même, c’est dans le Lonely Planet et le Routard, et c’est la haute saison ! Ah, on finit par repérer un groupe d’Occidentaux, et je les entends parler italien. Ils nous indiquent une autre direction, et une des cinquantenaires du groupe précise « mais les hôtels sont mauvais ! ». Entendez : coupure de courant fréquente, pas d’eau chaude, toilettes sur le palier, bestioles dans la chambre. Mais c’est notre quotidien, alors ca nous change pas !
On arrive sur une petite place superbe, avec des maisons d’architecture newar. Ici, pas de trafic ! Quel bonheur :) Ici, il y a de nombreux petits hôtels, et quelques grands qui sont sur internet. Du coup, les touristes réservent dans les grands, et paient entre 60 et 130$ la nuit. Nous, en arrivant la fleur au fusil, on repère une jolie maison accolée à l’un des hôtels les plus chers du village. On demande à la mère de famille si elle aurait une chambre pour nous. 700 roupies, soit 5 euros, et nous voilà dans une grande chambre, avec un balcon qui donne sur la petite rue principale. Ce même balcon qui, de l’autre côté de la petite barrière, coûte une trentaine de fois plus cher… Alors certes, la salle d’eau est sur le palier, et l’eau est froide. Mais on s’en fout ! Je me pose sur le balcon et regarde la vie dans la rue principale. Le petit temple, les enfants qui jouent, les chiens errants, les touristes… Et on retrouve un copain de Kathmandu ! Il nous invite à venir dîner dans le camping dans lequel il dort, avec une autre copine Autrichienne. La soirée va être sympa :) En attendant, on s’offre un thé et une assiette de pommes de terre aux épices sur la place du village, à 2 pas de notre hôtel familial. Moment magique ! Le village est calme, magnifique. Par contre, les patates aux épices nous prennent de cours : elles sont bourrées d’ail, de gingembre, de piment et oignon rouge ! Pour la première fois, ma langue brûle, vraiment, comme si elle gonflait, ma gorge aussi, et je peux presque suivre la sensation jusque dans l’estomac. Dur ! Plus tard, on grimpe jusqu’au camping, apparemment situé sur l’un des sommets du village avec une vue incroyable, sauf qu’il fait nuit alors on voit pas grand chose. Le dîner pris sous la tente est vraiment sympa, on rigole bien et on goûte de l’alcool fait maison mélangé à du jus de goyave, apparemment garantit « sans gueule de bois ». On verra ca demain. Puis on sort sous les étoiles : la lune est haute et éclaire doucement la vallée. Au loin, des formes blanches : l’Himalaya ne veut pas disparaître de notre vue comme ca, et elle brille sous la lune ! Magique…


























































































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