Tuesday, 29 October 2013

Récit d'une nuit normale à Katmandou

Notre appartement se situe entre une petite rue, un hôtel et une école. Ca paraît tout à fait charmant comme tableau vu comme ca. En fait pas trop.

 22h30. Imaginez une soirée lambda de fin de mois d'octobre. Les touristes, trop ravis du temps toujours clément, prennent une petite bière dans le jardin de leur hôtel, juste en-dessous de la fenêtre de notre chambre. Comme ils sont en vacances, ils reprennent une petite bière, c'est tellement peu cher ici, ô et puis après tout c'est les vacances hein !

02h00. On a 10 individus qui braillent sous notre fenêtre, et croyez-moi, ca n'a rien d'une sérénade. Puis ils vont se coucher.

02.15. Les chiens errants font alors leur entrée, espérant trouver quelques résidus de chips et autres. Ils se battent, aboient dans tous les sens, vident les poubelles.

5h30. Les voisins hindous s'éveillent juste avant le lever du soleil et sonnent la cloche destinée à réveiller les divinités pour les rituels du matin. A l'évidence, il n'y a pas que les divinités qui entendent la cloche.

5h38. Les enfants des voisins sont levés et jouent au foot dans la cours de l'école. Ils sont très en forme et hurlent à chaque penalty.

6h00. Les voisines de l'immeuble d'à côté se mettent sur leur balcon respectif et s'appellent pour se passer le tuyau d'eau. Si par malheur l'une d'entre elle n'est pas sur son balcon, il faut donc brailler le plus fort possible pour qu'elle sorte.

6h15-7h15. Période de sommeil réparateur.

7h17. Les ouvriers se mettent en chantier. Ils sont entrain de construire une maison mitoyenne à la nôtre. De toute façon bien souvent je suis levée car je vais au yoga. Si je décide de faire la grasse matinée, de toutes manières, c'est pas possible : à 9h30 au plus tard, les élèves dans la cours de l'école chantent l'hymne national à plein poumon.

Le jour où on a organisé un dîner à la française

Ca faisait un moment que l'une de mes super collègues népalaises Pratiksha (ils sont tous vraiment sympas, mais celle-là en particulier) avait envie de goûter à la French Cuisine. Alors cette semaine, on a officialisé les choses : ce sera ce mardi. On s'est dit qu'il serait sympa d'inviter une autre personne. J'ai proposé à une autre collègue mais elle ne pouvait pas venir. ******* Je ne sais pas si je vous l'ai dit, mais suite à un cours de yoga un peu intensif où j'ai un peu trop poussé, je me suis fait mal aux lombaires. Voulant y remédier, je suis allée faire un massage ayurvédique avec une nana qui n'y connaissait visiblement rien du tout et m'a bloqué le dos entier, épaules et nuque inclues. J'étais un peu ronchon. Alors je suis allée là où j'aurai dû aller depuis le début, dans le centre de masseurs aveugles. Et le massage, bien que douloureux, a été très efficace. Du coup j'ai invité le masseur, appelé Santosh, pour le dîner. ******** Il a déjà fallu aller chercher Santosh à son boulot. Marcher avec un aveugle dans les rues étroites pleines de voitures, scooters, vélos, chiens, gens et trucs à vendre sur les bords, c'est pas simple. J'ai eu des sueurs froides, lui avait l'air très confiant. Ensuite, menu en 4 étapes s'il vous plaît : - soupe à l'oignon au fromage de yak (adaptation locale) et croûtons au four, - tartine de houmos fait maison avec des crudités - tomme de Savoie faite au Népal par le frangin d'une des Pauline (cf article "Le week-end où les rêves prennent forme") et camembert présenté dans une boîte de conserve (???!!!) qui n'est pas un camembert comme on l'entend chez nous mais super bon quand même (ne soyons pas racistes en fromage) - un fondant au chocolat Le tout arrosé de bière, vin rouge, et bière de riz faite maison offerte par notre proprio. Nos 2 invités ont été un peu surpris par la cuisine je crois. Au Népal, les mets étrangers sont réservés à une classe sociale aisée, sachant qu'un plat de pâtes au pesto tout bête coûte minimum 3 fois plus cher qu'un plat népalais. Du coup, ils ne sont pas trop habitués aux saveurs "exotiques". Mais je crois qu'ils ont aimé, puisqu'ils ont fini leur assiette et ont demandé à être resservis ! Les discussions ont été intéressantes et sympas, d'autant que finalement, les 2 invités ne se connaissaient pas et que pour le masseur, on le connaissait pas tellement non plus. Un peu plus tard dans la soirée, on est monté sur le toit de notre immeuble pour admirer la ville et le magnifique temple de Swayambhunath (et fumer une cigarette pour les fumeurs). Santosh me dit alors, très sérieux : "Tiphaine, vraiment, merci de m'avoir invité, cette soirée est super. Mais quand même, j'ai une question. On s'est rencontré 1 fois ou 2, rapidement, et je t'ai fait un massage. On se connaît pas tellement. Pourquoi m'avoir invité chez toi ?". Amusante question, surtout quand il n'y a pas d'éléments de réponse tangibles et scientifiques... Et bien Santosh, que te dire, à part que tu m'as vraiment touchée. On a parfois des élans du coeur, des coups de foudre amicaux... Parfois il n'y a rien à expliquer du tout. On sent les choses et c'est tout. Miko l'a raccompagné au boulot, il a dormi sur une table de massage. Pratiksha est rentrée chez elle. La cuisine est dans un bordel monstre, mais nom d'un yak, c'était une belle soirée...

Le jour où j'ai fait coucou au soleil 108 fois d'affilée

Pour ceux qui n'ont pas suivi, je me suis mise au yoga de manière assez intensive depuis que j'ai mis les pieds au Népal. Les effets positifs sont légions et pas toujours démontrables, mais pour vous en donner un seul, figurez-vous que désormais je peux toucher mes orteils sans plier les genoux ! Cela constitue un progrès majeur, étant donné que jusqu'à présent j'ai plutôt joué dans la catégorie "chêne hyper rigide" plutôt que "bambou flexible". Mais voilà, aujourd'hui, j'ai changé de catégorie...

Bref.

Mon club de yoga adoré, qui représente aujourd'hui ma bouffée d'oxygène, mon réservoir à bonnes copines et à inspiration, a organisé ce samedi 26 octobre un défi de taille. On s'est donc retrouvé à être une bonne trentaine de nanas, un mec, à enchaîner 108 Suryia Namaskar (salutations au soleil) non-stop. Ces salutations peuvent varier d'une ligne yogique à une autre, mais en gros, une salutation consiste à se tortiller dans une série de postures pour calmer le mental, réveiller le corps et les énergies (je rentre pas dans les détails). A faire 108 fois. 108, un numéro sacré que l'on retrouve dans plusieurs spiritualités, le 1 étant le tour (moi + toi + l'univers), le 0 étant le néant et le 8, l'infini.
Voilà dans les (très) grandes lignes. 

Le résultat ? Une grande fierté de ne pas s'être arrêtée en chemin, des courbatures multiples, et un immense état de zénitude :)

Sur la photo, je suis au fond à gauche à côté de la plante verte (à défaut de radiateur...), je regarde en l'air avec le T-shirt rose. C'est juste pour témoigner que j'y étais !


Monday, 21 October 2013

Le week-end où les rêves prennent forme


Ce week-end (19-20 octobre), on a décidé de faire péter un peu le budget, en s’exilant dans une petite maison d’hôte à la lisière du parc national de Shivapuri, juste au nord de Katmandou. Pour s’y rendre, on a pris le taxi pendant 30 mn environ, puis il nous a déposé à côté d’un petit temple juste au pied d’une montagne. De là il faut marcher sur un petit muret pendant environ 15 mn, entre forêt et rizière, pour atteindre la charmante maison.

Alors pour le petit topo sur l’endroit, c’est un couple de Pauline, Francaises, qui tient l’endroit. Le frère de l’une des Pauline était auparavant propriétaire de l’endroit et y fabriquait ses tomes de Savoie. Face au succès de son entreprise, il a dû quitter l’endroit pour une ferme plus grande, plus loin dans la vallée. Les Pauline, qui à cette époque bossaient dans la communication à Paris, ont alors décidé de tout plaquer pour partir vivre au Népal et transformer la ferme en maison d’hôte.
Résultat : c’est un coin de paradis, tout simplement. Une vue incroyable sur les montagnes et sur Katmandou d’un côté, de l’autre, la forêt épaisse du parc national. La maison est magnifique et a été retapée selon les principes de décoration et d’architecture newari, ce qui en fait un vrai petit bijou ! Comme on a fait péter le budget ce week-end, on a pris la chambre avec une baignoire, et eau chaude ! Grand luxe.
La nourriture servit est exquise et principalement issue du potager. Les Pauline ont aussi récupéré des chiens errants et des ânes qui étaient exploités dans une briquerie. Tout ce petit monde vit ici. Il y a aussi un gazebo (cabane en bambou), une toute petite piscine d’eau de pluie pour tremper les pieds… Tout est fait pour passer un moment paisible, et le week-end, nous, c’est ce qu’on veut !

A noter tout de même : les léopards qui vivent dans le parc national et qui bouffent les chiens pendant la nuit... Et les sangsues ! Figurez-vous que ces charmantes bestioles me kiffent au moins autant que leurs copains les moustiques. C'est vrai qu'au moins elles font pas "ZZZZZZZ" mais c'est quand même assez pénible. 
On a aussi été réveillés à 6h du matin par les paysans qui se sont mis juste sous nos fenêtres pour récolter le riz, en se racontant des histoires drôles et en chantant. Une bien jolie scène, sachant qu'ils travaillent le riz de la même manière qu'ils le faisaient il y a 100 ans : à la serpe, puis ils battent les fagots en les tapant contre le sol. 

Et puis il y a eu une rencontre qui a rendu le week-end unique. Les Pauline n’étant pas là le samedi, il y avait une Francaise de Lozère, Marion, qui est ici en Woofing (elle travaille gratuitement en échange du gîte et couvert). Elle s’occupe des ânes et vit dans une toute petite maison très très très rustique et au confort plus que rudimentaire, juste à côté de l’écurie. Son histoire est poignante, et on a passé le week-end a discuté de tout et de rien, à refaire le monde et à parler de nos projets respectifs.

Alors voilà : ce week-end, on a mangé (beaucoup trop, mais c’était tellement bon), on s’est promené (un peu), on a lu, on a papoté, on a dormi, et on a donné forme à nos rêves.