Ce week-end (21-22 septembre), je me suis offert une retraite de 2 jours dans
la montagne, aux confins de la Vallée de Katmandou (si vous achetez une carte,
c’est dans l’angle droit, en bas). J’aime bien aller dans les angles des
cartes, parce que ca veut dire que c’est assez loin, et de fait exotique.
L’endroit s’appelle Namo Bouddha. Dans la tradition
bouddhiste, il est dit que 3 frères marchaient dans les environs. Tout d’un
coup, ils sont arrivés dans une clairière, où une tigresse était entrain de
mourir, et ne pouvait plus sustenter ses bébés tigres. L’un des frères, touché
par cette scène et se disant que les bébés allaient mourir aussi, décida
d’offrir son corps à la tigresse pour qu’elle reprenne des forces. Il
s’auto-trancha donc la gorge. L’histoire ne dit pas si la tigresse a survécu et
les bébés avec, mais on sait que le type s’est réincarné en mieux. Bref, ca
c’était pour l’histoire de l’endroit.
Je m’y suis rendue pour une autre raison. N’ayant pas envie
d’offrir ma viande à une tigresse, j’ai opté pour un truc soft : une
retraite de yoga et d’ayurveda.
Rappelons que l’ayurveda est une tradition médicale
indienne, très proche de la médecine tibétaine en termes de principes.
Vachement intéressant.
Je me suis donc levée à 6h du matin ce samedi, et ai pris la
route avec 17 autres participants. Immense majorité d’Américaines, quelques
Britanniques, et puis 3-4 électrons libres dans mon genre. Les Américains ca se
repèrent vite, parce qu’ils parlent hyper fort, font des grands gestes et
disent « oh my gooood » à tous bouts de champs dans le bus. Bref.
En route, on a vu clairement en haut d’une montagne la plus
haute statue de Shiva du monde. Un truc vraiment énorme, qui domine la vallée,
vraiment beau. Et puis plus on monte en altitude, plus le paysage devient féerique :
les rizières se dévoilent entre les nuages, des paysans comme dans les films se
devinent parmi la végétation. La route devient de plus en plus incertaine
aussi. Ca saute dans tous les sens, et dans certains virages on voit clairement
le vide (sans barrière bien sûr, on est au Népal tout de même). Et sans
ceinture de sécurité (ni casque quand je suis sur la moto, le dites pas à ma
mère hein). Et ya les bus qui doublent, sachant que la route n’est pas bien
large. Bref cette petite montée a stoppé tout net les « oh my god »,
je crois que chacun calcule la probabilité de tomber dans le ravin.
On finit par arriver entiers, un peu barbouillés aussi. Il
est 10h. Pause thé/café faits maison, le temps d’admirer un peu la vue (on y
reviendra). Je découvre que je vais partager ma chambre avec une Australienne,
qui a un accent si prononcé que je ne comprends pas tout ce qu’elle dit. C’est
pas grave, j’opine du chef. De toute façon elle ne comprend pas mon anglais non
plus (ce qui est bizarre, parce que l’autre Australienne présente semble me
comprendre, elle. A moins qu’elle n’opine du chef en toute impunité elle aussi.
On serait bien avancé).
La chambre est en fait une petite cabane en terre battue,
très mignonne et bien agencée. Je dors sous le toit, dans une mini-alcôve,
faudra pas que je me cogne la tête cette nuit. Pour monter là-haut, point
d’escalier ou d’échelle, il faut que j’escalade sur des bouts de bois posés
dans le mur. Mon Australienne elle par contre prend le lit confort : accès
avec échelle, lit 2 places, bel espace sous toit et pour mettre ses affaires.
Je suis fière de moi, je suis déjà dans le renoncement !
Enfin pas tellement le temps de s’appesantir sur les
couchages, session d’1h30 de yoga oblige ! La salle est vraiment belle,
avec des fenêtres à l’asiatique ouvertes sur les montagnes. La prof est super,
même si on transpire comme des veaux. Assouplissement, muscu, postures
improbables… Le rythme va être soutenu !
12h30, lunch. On s’installe sur la terrasse, et là vraiment
c’est un délice. On se régale, ca manque juste un peu de vin, mais je veux pas
faire ma Frenchie. La vue est vraiment belle : on voit une bonne partie de
la vallée, avec sa succession de montagnes verdoyantes. Apaisant…
Je m’octroie une petite sieste, et puis on enchaîne avec
une introduction à la médecine ayurvédique. Fondements, origines, concepts
majeurs, tests pour connaître notre principale « dosha »… Et puis
re-1h30 de yoga, et puis dîner là encore fastueux et délicieux, et puis séance
de méditation, et puis écroulement dans le lit-alcôve ! Je me suis pas
cognée la tête !
Lever 6h du matin. Ca pique les yeux. Hop hop hop, 1h30 de
yoga ! Là par contre j’ai vraiment faim, et un peu la flemme de mettre mes
jambes derrière ma tête sous prétexte que « ca réveille mes
énergies ». J’irai pas jusqu’à dire que je suis ronchon, mais voilà quoi
ya des limites. Heureusement, le petit déj’ et son pain fait maison, son
omelette au masala, son fromage de yak et ses 8 parfums de confitures faites
maison me rabibochent avec la vie.
Autre truc qui me remonte le moral en flèche : les
montagnes verdoyantes sont des naines à côté de la chaîne himalayenne qui se
dessine enfin à travers les nuages ! Là, je dois dire que c’est vraiment
époustouflant. J’avais jamais pensé que des montagnes pouvaient être si hautes
que ca. Les « petites » vertes de 1000-2000 mètres me paraissaient
déjà pas mal. Mais là… Les Himalayennes sortent des nuages, bien au-dessus de
la ligne d’horizon. Alors on oublie tout, le lever à 6h du matin et les muscles
qui tirent et l’Australienne qui comprend rien. On se retrouve tout riquiqui
face aux plus grandes montagnes du monde…
Bon, c’est bien beau tout ca, mais c’est pas fini ! C’est
parti pour 1h de yoga nidra, ce yoga ayant pour but une relaxation intense.
Bon, me voilà intégralement retapée ! S’ensuit une séance d’enseignement
sur les massages ayurvédiques à l’huile et à la chaleur pour les articulations.
Puis lunch sur la terrasse, cette fois j’ai pas faim par
contre, après le petit déjeuner d’ogre que je me suis enfilée.
Après le lunch, séance discussion sur le style de vie ayurvédique,
le régime alimentaire, les routines quotidiennes. Et puis re-yoga, et puis il
est déjà l’heure de partir !
Week-end bien chargé donc, mais très riche en
enseignements, en émotions et en paysages uniques. Les photos parleront d’elles-mêmes…