Wednesday, 18 September 2013

Réflexion du jour : les Népalais et les religions

Les Népalais sont des drôles d’oiseaux, et dans ce contexte c’est positif ! Alors que de nombreux pays sur terre sont en prise à de gros conflits religieux internes, parce que plusieurs religions se disputent le titre de « religion officielle » comme une compétition de Miss France, les Népalais, eux, ouvrent leur spiritualité à tout. Au départ, ils étaient Hindous. Puis le Bouddha est né sur leurs terres, dans l’extrême sud, à Lumbini. Ma foi, comme ce type était intéressant aussi, ils ont intégré à leur pratique hindouiste les préceptes bouddhistes. Ce qui ne colle pas vraiment : les Hindous ont recours à de très nombreux sacrifices animaux pour s’attirer les faveurs des déités, alors que les Bouddhistes se doivent de préserver la vie du moindre truc vivant, et marchent donc en évitant soigneusement d’écrabouiller les fourmis, vers, araignées etc. Fait amusant et très révélateur de l’état d’esprit si tolérant du pays : bientôt, en octobre, aura lieu l’un des plus gros festivals religieux du pays, Dasain. C’est peu le Noël local. Les Hindous iront sacrifier leurs bestiaux, et les Bouddhistes compenseront le mauvais karma de leurs compatriotes en priant pour les âmes des animaux sacrifiés. Du coup, chaque rite, chaque vision des choses, est préservé. Et ce joyeux monde croit en qui il veut, sans avoir à en être inquiété. D’ailleurs, les Hindous ont intégré Bouddha. Il est ainsi reconnu comme la 9ème réincarnation de Vishnu, la divinité hindoue la plus importante. Les Bouddhistes ne sont pas trop d’accord, mais bon, chacun se raconte sa propre histoire. Beaucoup de Népalais considèrent qu’il n’existe qu’une seule « entité » au-dessus de nous. Même les Hindous, qui pourtant ont 330 millions déités ! Mais elles sont toutes dérivées d’une seule énergie, comme autant de qualités, de facettes d’une même personne. Vishnu en est la figure de proue. Bref, revenons à nos moutons. L’idée est que pour les Népalais, les guerres de religion sont complètement inutiles. Pourquoi ? Parce que cette entité au-dessus de nous est la même pour tout le monde, mais c’est juste qu’on lui donne un nom différent selon le côté de la planète où on est né. Du coup, les conflits religieux, c’est un peu comme si on cherchait à déterminer laquelle des traductions du mot « vélo » était la plus « véridique ». Ridicule et chronophage. Alors Allah, Jésus, tous les Dieux, valent Vishnu ou Bouddha. Parce que c’est la même entité, avec un nom plus ou moins exotique et une façon différente de se raconter l’Histoire. Ici, les Musulmans représentent environ 4% de la population. Les enfants musulmans vont à l’école coranique, et celle-ci reste soumise aux programmes d’Etat. Du coup, les profs enseignent la loi du Coran en l’adaptant à la culture népalaise. Le christianisme quant à lui se développe à grande échelle. Il faut dire que le Népal, en tant que pays en voie de développement, attire de nombreux missionnaires qui, sous couvert d’enseigner la lecture aux analphabètes en zone rurale et autres, imposent la Bible comme support d’apprentissage. Les pauvres doivent s’arracher les cheveux : les Népalais ne refusent pas Jésus. Mais on ne peut pas dire non plus qu’ils le reconnaissent comme les « bons Chrétiens » se doivent de le faire. Tout naturellement, dans le cœur des Népalais, Jésus rejoint la farandole des Dieux, donnant la main à Ganesh et à Tara Blanche. Il ne vaut pas plus, pas moins que les autres. Fait amusant : les Népalais fêtent Noël. Pourquoi ? Parce qu’ils aiment se retrouver en famille, manger et boire. Le côté chrétien ne fait pas partie du tableau, ni l’immense cascade de cadeaux que l’immense majorité des Népalais ne peuvent de toute façon pas se permettre d’offrir. Les Népalais font donc feu de tout bois, en prenant des petits bouts de chaque religion qui traverse leur territoire. Ils en font un gros micmac qui tolère toutes les formes de vénération. Une sorte de vie spirituelle à la carte quoi. C’est une belle leçon je trouve, pour tous ceux qui court de par le monde pour imposer leur spiritualité de manière plus ou moins violente sous prétexte qu’elle est « la seule la vraie l’unique ». A méditer…

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