Tuesday, 17 September 2013
Le jour où je suis devenue guide
Aujourd'hui, dimanche 15 septembre, mon chef m'a offert la possibilité de joindre un couple d'Israéliens lors d'un tour d'une journée appelé "Throw your own souvenir" ("Fabrique ton propre souvenir"). Je ne savais pas trop à quoi ca correspondait ce machin, mais ma foi, on me propose de passer la journée dehors, alors j'y suis allée avec le sourire !
On a pris la route jusqu'à Thimi, et le couple de touristes m’a posé tout un tas de questions sur le Népal, la religion… J’étais contente de constater que j’ai pu répondre à environ 80% d’entre elles. Ouf, comme quoi mes heures perdues passées sur le net ou dans les bouquins à m’instruire sur le pays finissent par servir !
Puis on est arrivé à Thimi, un petit village de la vallée, à mi-chemin entre Katmandou et Bhaktapur. Ici, c'est le pays de la poterie, et c'est reconnu à l'échelle nationale. Chaque famille a son petit atelier au rez-de-chaussée. Mais aujourd'hui il fait hyper beau et chaud, alors tout se faire dehors, sur le trottoir. Chaque membre de la famille a une tâche bien définie : bien souvent, le père s'occupe du travail "musclé", c'est-à-dire qu'il réalise le pot dans sa version la plus élémentaire. Puis l'épouse (ou la grand-mère ou la fille) gère la décoration et les finitions du pot. Selon le design de la poterie et sa taille, une famille réalise en moyenne une cinquantaine de pièces par jour.
Après ca, tous les pots sont placés au soleil pour commencer à sécher. Pendant la mousson, tout le monde, pots inclus, restent au rez-de-chaussée de la maison.
Puis, quand la famille a crée jusqu'à 800 pots, un four est installé dans la rue. Un four... ?! En fait, c'est un énorme tas de paille, par dessus lequel tous les pots sont entassés et emboîtés comme une pyramide. On couvre le tout des cendres des « cuissons » précédentes. A la fin de ce long processus, la cuisson des pots est lancée ! Ca prendra quelques jours, et puis il faudra ensuite les refroidir pendant 4 jours.
La plupart des pots seront vendus sur les marchés de Katmandou, ou exportés. C’est incroyable de voir que tout le village est dépendant de la poterie. Il n’y a pas d’école pour apprendre les techniques, les novices observent seulement leur famille et entourage… Le problème, c’est que les jeunes générations ont désormais un accès facilité à l’école (ce qui est bien !) et sont plus formés. Mais faire des pots toute la journée, avec une si petite rémunération, c’est plus tellement intéressant pour eux. Le nombre de potiers s’amenuise à chaque fois que l’un d’entre eux rend l’âme. Est-ce qu’un jour, les pots de Thimi deviendront des objets rares ou courus ? C’est possible.
Cependant, quelques potiers décident de partir se former à l’étranger dans le but de renforcer l’industrie en ramenant de nouvelles techniques et de nouvelles idées. C’est le cas de Santa, qui gère une petite entreprise au cœur du village. Ici, on peut choisir parmi une large palette de poudres colorées, qui sont ensuite mélangées à la glaise pour obtenir le ton voulu. On peut trouver des assiettes, des tasses, des vases, des porte-encens, des décorations… Santa est parti étudier la poterie en Inde et en Allemagne. Du coup, il produit des poteries originales et élaborées comparé aux autres petites fabriques familiales. Il a également formé son équipe : les Népalais viennent de tout le pays pour apprendre et travailler dans cette entreprise ! Ils travaillent assis à même le sol, concentrés plusieurs heures par jour pour créer tout un tas de beaux objets en glaise.
Mais le moment de vérité arrive ! C’est à notre tour de mettre la main… à la boue, en utilisant la roue qui tourne. Santa nous montre comment réaliser un pot tout bête. Dans ses mains, le petit tas de glaise se transforme rapidement en un chouette pot. Ca a l’air simple comme bonjour, vu comme ca. En fait pas trop. Mais je dois avouer que j’ai adoré faire mon pot. On est tellement concentré sur la tâche qu’il n’y a pas de place pour les pensées parasites. On est absorbé, vraiment.
Il nous faudra attendre 10 jours avant de pouvoir venir chercher nos pots tout cuits, tout prêts, tout beaux. En attendant, on peut toujours faire un tour à la boutique : j’ai acheté un joli pot noir, d’un niveau de réalisation légèrement (beaucoup ?) plus avancé que le mien.
On quitte Thimi et on traverse des petits villages de la vallée vers Gamcha, la fameuse ferme bio où je suis allée le week-end dernier. Vraiment sympa de la faire découvrir au couple ! On est attendu pour le déjeuner (enfin à 15h). Jus de fruit frais (pas mal, sachant qu’il fait 34 degrés), et puis farandole de chapatis, de pâtes aux légumes, de pommes de terre et légumes épicés… Un régal, comme d’hab ! Je commence à papoter de choses plus profondes et personnelles avec le couple Israélien, et le temps passe vite à l’ombre de la tonnelle. Après cela, on fait un tour de la ferme, du jardin avec ses fleurs exotiques. Mais rapidement, il nous faut déjà quitter le calme de l’endroit pour repartir vers le bazar permanent de Katmandou !
Une fois arrivés devant les locaux de Socialtours, le couple d’Israéliens a voulu me donner un pourboire… Je ne me suis pas sentie assez légitime pour l’accepter, mais peu importe : ma première fois en tant que guide au Népal a donné satisfaction !
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