Je me suis levée très facilement à 6h du matin, sachant que je ne
dormais pas. Je réveille doucement la prof, qui commence à me parler en
allemand. Son cerveau a mis quelques instants à se brancher en anglais, et hop,
la journée pouvait commencer !
Nous nous sommes mis en route vers l’école de Gati. Bien souvent, dans
les villages, les écoles sont éloignées du centre (1, 2 voire 3 kilomètres
quand même !). Les raisons invoquées pour cette délocalisation ? Les
élèves auraient apparemment plus de facilité à se concentrer s’ils sont loin de
tout. Et puis ca évite aussi que les mamans curieuses espionnent aux fenêtres…
Là encore, haie d’honneur de tous les élèves en uniforme, kata et
colliers de fleurs. On se fait asseoir sur des chaises en plastique sous une
grande tente, à l’ombre donc, et on nous donne une bouteille d’eau minérale à
chacun. Tous les élèves et le reste du village eux par contre sont assis par
terre en plein cagnard avec juste un pot en plastique rempli d’eau qu’ils se
font passer de main en main. J’aime pas du tout la situation, ca fait très
colonial : l’Homme blanc confortable en pacha, l’Homme bronzé à même le
sol.
La cérémonie commence : hymne national népalais, danses, chants…
Je suis impressionnée par l’obéissance des élèves. Ils répondent « yes,
sir ! » à l’unisson à chaque fois que le prof prend la parole, et ne
bougent pas d’un iota pendant les discours interminables, bien qu’ils soient
alignés comme des sardines, debout en plein soleil. Je me dis qu’en France, un
tel résultat ne peut être observé qu’à l’école militaire. Je demanderai à Papa
s’il gère comme ca avec ses élèves !!!
Quatre heures après, la cérémonie prend fin. Le reste de la journée est
consacré à la détente, enfin pas pour quelques élèves du village. Le groupe
allemand a l’idée de les filmer entrain de faire un « challenge
ping-pong » : ils ont ramené d’Allemagne des planches de bois fines de
différentes taille et des balles de ping-pong. Le concept est de faire de la
musique en tapant la balle contre la planche. Comme chaque planche a une taille
différente, chaque son est différent.
Une dizaine d’élèves locaux sont sélectionnés, et reçoivent un
briefing. Puis, concentrés comme jamais, ils jouent avec leur planche devant la
caméra. Encore une fois, leur sérieux m’impressionne… Mais dès la vidéo finie,
tout les enfants du village rappliquent et là, le naturel reprend le
dessus : c’est une cacophonie de balles qui bondissent dans tous les sens,
des planches partout, des rires. Certains découvrent le concept de « jouer
aux raquettes » avec les planches. C’est vraiment rigolo à regarder !
Puis on fait rentrer tout le petit monde dans l’école maternelle, et on
sort les crayons pour qu’ils décorent les planches. Le problème c’est que tous
les gamins sont là et qu’on a pas assez de planches, alors ils partagent.
Pendant une heure, pas un bruit : chacun fait ses dessins, je note que le
motif « montagne », « papillon » et « maison »
revient sur quasiment toutes les planches. Et puis un élève, spontanément, se
lève et commence à rassembler tous les crayons et à les ranger. Un autre fait
de même pour les gommes, un autre pour les taille-crayons. Un autre prend un
petit balai et nettoie les copeaux de crayon taillé sur le sol. Tout ca sans
qu’on ai rien demandé ! La prof allemande est aussi hébétée que moi…
Incroyable !
Après le dîner, le village nous convie à une fête dehors. L’idée c’est
de ne pas rester longtemps, une heure tout au plus, parce que demain est une
très grosse journée. A peine arrivés, coupure de courant : toute
l’installation lumineuse et musicale tombe à l’eau. On les sent vraiment déçus,
tandis qu’ils essaient désespérément de faire marcher le générateur. Une
guitare, quelques chanteurs, et on improvise un petit interlude musical :
les Allemands chantent une chanson, puis c’est au tour des Népalais, et ainsi
de suite. Un papi local a déjà bien abusé du rakshi (eau de vie) et se trémousse
en chantant hyper faux. Il est hilarant, avec son sourire jusqu’aux
oreilles et ses petits yeux qui pétillent !
Une bonne heure passe. On se concerte avec le groupe, et décidons qu’à
la fin de la chanson, on rentre se coucher. Et paf ! L’électricité revient.
Tout le village crie de joie. Et merde, impossible de partir maintenant… Alors
on danse.
A un moment donné, un petit garçon me fait signe de le suivre. Je n’ai
aucune idée de ce qu’il veut. Il finit par m’amener vers l’ado de la maison où
je dors, qui me confie qu’elle a un petit copain, « mais ne le dit surtout
pas à ma mère, sinon elle me tue ! ». Il faut dire qu’au Népal, et
particulièrement dans les zones rurales, les mariages arrangés sont encore
monnaie courante, et il est très mal vu de perdre sa virginité avant les noces.
Mais mon hôte vit « à l’occidentale » dans sa tête : elle
s’habille comme les starlettes américaines, se met du rouge à lèvre… Bien loin
des traditions ! Promis, je ne dirai rien…
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