Thursday, 22 August 2013

Le jour où je me suis transformée en Népalaise

Aujourd’hui, c’est le festival de GaiJatra. En fait l’histoire dit qu’il y a bien longtemps, la Reine du Népal a perdu son fils et vivait dans le chagrin le plus profond. Le Roi, désemparé, demanda alors à tous les sujets du royaume qui avaient perdu un être cher de sortir dans la rue déguisés et maquillés, et de célébrer la vie du défunt, ainsi que la joie de l’avoir connu/aimé. Du coup, ce matin, c’est une multitude de familles, avec les enfants en tête de cortège, qui défilent en chantant et en jouant de la musique. Super chouette ! GaiJatra, c’est aussi la journée de la libre expression. Du coup, c’est assez naturellement que le mouvement LGBT (Lesbien-Gay-Bi-Trans) a choisi ce jour il y a quelques années pour organiser la fameuse Gay Pride et commencer à faire évoluer les consciences. D’ailleurs, ca marche plutôt bien : le Népal est l’un des rares pays au monde où le 3ème sexe est reconnu. On peut donc naître homme, femme ou… entre les 2. Cette loi est passée il y a quelques jours seulement, et cette gay pride a un parfum de victoire pour les activistes. Comme on est au Népal, cette manifestation est bien sûr synonyme de couleurs, de vêtements chatoyants, de musique et de sourires… Un beau moment ! Retour au boulot l’appareil chargé de photos. En fin d’après-midi, c’est un autre festival de couleurs qui m’attend : 2 collègues m’accompagnent pour une session shopping toute particulière. Le but : me transformer en Népalaise ! On se met à marcher à travers les rues, pour finalement arriver dans une toute petite boutique, au 1er étage d’un bâtiment déjà bien à l’abri des regards. Les touristes ne doivent pas connaître cet endroit. Tant mieux ! Les vendeurs sont agenouillés sur des grands matelas, dos à des étagères chargées d’étoffes plus colorées et scintillantes les unes que les autres. Le client est invité à s’asseoir sur un petit tabouret, et que le spectacle commence ! Spectacle ?! Ah bah oui, ici c’est pas H&M. Le vendeur commence à déballer des tuniques, des robes, des pantalons. Toi, du haut de ton tabouret tu dis oui, non, à voir, à essayer. Mes 2 acolytes m’accompagnent dans mes choix : hummm non pas ca, ca c’est pas agréable à porter, etc. Finalement, je m’extasie sur une belle tunique chargée de bijoux. Ca fait princesse, et je dois dire que dans ce genre de boutiques, tu es OBLIGEE de retomber en enfance. Les images de Jasmine, des Contes des 1001 nuits et autres histoires te reviennent en tête, comme autant de rêves inaccessibles quand tu es née à Niort. Et là, 20 ans plus tard, paf ! On t’offre l’opportunité de devenir Shéhérazade. Alors forcément, ca te tourne un peu la tête… Bref. Face à cette tunique – un peu chargée il est vrai – mes collègues sourient : « elle est très jolie, mais ca tu vois c’est plutôt pour les cérémonies ou les fêtes. Pas trop pour le boulot ». Bon, remballée la Shéhérazade. Passons au plus « banal » (qui n’a rien de banal pour nous, Occidentaux »). Puis s’ensuit un quart d’heure Pretty Woman, où je pars me changer dans un placard puis sors du placard (belle référence à la Gay Pride du jour) pour montrer les modèles. J’ai dû en essayer une bonne douzaine. A chaque sortie, toute la boutique (4 vendeurs et clients inclus) me regardent, y vont de leur appréciation, me demandent si je suis à l’aise, si j’aime les couleurs, si mes seins respirent bien (?!). Finalement j’opte pour 3 modèles, avec 2 pantalons plus ou moins assortis, ca ira pour commencer. Un jaune doré avec des bijoux cousus dessus, un rouge archi pétant, et un vert/noir plus sobre. Je ne sais pas dans quelle mesure j’arriverai à porter ces vêtements une fois de retour en Europe, à moins que je ne veuille me faire remarquer sur Karl Johan (l’équivalent norvégien, toutes proportions gardées, des Champs-Elysées), mais on s’en fout. Puis arrive le fameux moment de la transaction. Alors ca sort les calculettes, ca compte et recompte la marchandise, ca commence à parler vite et fort en népalais. Bon bon. J’arrive à suivre un peu que le vendeur a baissé son prix de quelques dizaines de roupies, mais mes acolytes veulent plus. Je me sens un peu en-dehors, d’autant que je suis le porte-monnaie de cette histoire. C’est très rigolo comme situation. Finalement, je saisis mon portefeuille. L’une de mes acolytes me jette un regard signifiant « non pas encore, si tu paies maintenant la négociation est finie ». Je la rassure d’un « je sais ce que je fais », tout ca dans le regard, parce que si tu le dis devant le vendeur, alors ca devient carrément western (j’ai déjà testé pour acheter mes drapeaux de prières). Je sors donc mes sous, 5 billets de 1000 roupies. Je les compte bien ostensiblement devant le vendeur, puis les lui tend. D’un air de tragédie grecque, je lui dis alors : « regarde, fouilles mon portefeuille si tu veux, il est vide ! Alors soit tu fais un effort d’encore quelques roupies, soit je sors bredouille de ce boui-boui ». Il m’a bien regardée, a vu que j’avais de toute manière la tête d’une fille qui a besoin de fringues parce qu’elle n’a emmené que 3 t-shirts et 2 pantalons dans sa valise. Il a pris mes 5000 roupies. J’ai ensuite emprunté un peu de sous à l’une des collègues pour acheter une paire de tongs pour la vie quotidienne (ras-le-bol de me trimballer en chaussures de marche par cette chaleur, même si dans les rues parfois boueuses, c’est avantageux !). Et une paire de tongs chaussons, enfin d’intérieur quoi, les moins chères que j’ai trouvé et d’un design absolument génialissime : roses et violettes avec des cœurs. Tout à fait mon style j’ai pensé. Bon, mes collègues m’ont rassurée : tu l’auras ta robe Shéhérazade ! Prochaine session shopping dans peu de temps ☺ Depuis que je m’habille en local, on ne me demande plus grand chose dans la rue. Et j’ai l’impression –éphémère je le sais- d’aller à une fête de Carnaval tous les jours. Ca me met en joie !

2 comments:

  1. à la prochaine Gay pride on veut vous voir déguisés avec Nico!

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  2. Haha on verra ca... Ca se négociera sans doute très cher !!! ;)

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