La journée a commencé doucement, dans la chaleur du Teraï. La région où me je trouve est relativement plate et plutôt chaude !
Santha me retrouve à l'hôtel et nous partons acheter quelques cadeaux pour la famille de Sandhya. J'ai ramené de Katmandou des balles de jonglage pour les enfants, mais pour les parents, Shanta recommande des trucs de cuisine : je pensais plutôt à des fleurs, mais c'est culturellement complètement chelou de faire ca. Alors on part sur 5 verres, 5 assiettes, 5 bols pour les lentilles (dhal), une casserole pour le riz et un grand plat pour les légumes!
Puis un beau pick-up blanc (blanc au Népal ???) siglé Plan nous emmène dans les bureaux locaux de l'association. J'y rencontre les collègues de Shanta et son chef, qui me briefe rapidement sur le programme de la journée. Si je comprend bien, ca sera intense et assez court. Dommage, mais faisons avec !
1ère étape : un village sur la route, où je suis accueillie par un groupe de jeunes filles. C'est le "youth club", club de jeunes locales, qui se retrouve souvent pour parler des droits des femmes au Népal (en matière de mariage forcé, de viol, etc) et faire des activités ensemble. Ma contribution mensuelle contribue à ce club, et c'est une très bonne chose ! Chacune d'entre elles se présentent dans un anglais approximatif, mais surtout en parlant hyper vite : elles ont visiblement appris leur texte par coeur et sont mal à l'aise. Elles récitent donc tout de go leur nom, leur classe, le nom de leurs parents, leur village... Puis l'ambiance se détend, et j'ai droit à une petite danse super mignonne :)
On reprend la voiture pour aller dans le village de Sandhya cette fois. Au bord de la route, un petit ensemble de maisons en terre battue. Sandhya ne va pas à l'école aujourd'hui, puisque je suis là. J'aime pas trop, mais bon. Elle est bien plus grande que sur la dernière photo que j'ai reçu d'elle !
On s'assoit dehors, sur une paillasse, et je déballe les cadeaux. Erreur ! Au Népal, les cadeaux sont ouverts plus tard, en privé, au cas où ca ne plairait pas et pour ne pas vexer l'offrant. Je sais tout ca mais je suis bête, surtout dans le feu de l'action. Bref, apparemment, ca a plu, mais ca a foutu la mère mal à l'aise. Ah bah bravo !
S'ensuite une séance de photos vraiment fatigante. Deux personnes de Plan sont là, et tout le village aussi. Aucune intimité pour cette rencontre : chaque phrase, chaque regard est consciencieusement immortalisé, analysé, décortiqué. Sandhya a eu droit au moins 10 fois à la question "tu es contente ???", lui mettant une pression de dingue. Pour faire diversion, je propose de visiter sa maison.
C'est assez vite fait : sa maison fait 15 m2, abritant les 5 membres de sa famille : ses parents, elle et ses 2 petits frères. Le mur est en terre battu, surmonté d'un toit en paille. Entre les deux, l'espace est ouvert, donc il doit faire assez froid dans la nuit... Deux planches en hauteur font office de lit pour toute la famille, et dans un coin, un petit tas de terre fait office de cuisine.
Puis vient la visite du jardin, où la maman essaie de faire pousser des patates et des épinards pour nourrir la famille. Le problème, c'est que la rivière au bout du jardin est complètement à sec. Il n'a pas plu depuis août ! Plan travaille sur un programme d'eau potable et d'eau utilisable dans les jardins. L'idée serait de les former à l'agriculture basique, pour que la famille puisse se nourrir et vendre le trop-plein de production sur le marché local, amenant ainsi un petit pécule supplémentaire.
Il y a aussi un cochon, acheté, engraissé puis revendu. Voilà le "business" de la maman de Sandhya.
Le papa casse des cailloux dans la rivière.
Il est décidé que Sandhya va me suivre pendant le reste de ma visite. Elle est visiblement toute excitée et me suit à la trace, à grand renfort de sourires. Adorable !
On rend visite à une dame qui justement, grâce à l'aide d'un ingénieur de Plan, a son propre potager et en vend une grande partie. Puis on va à l'école, où je suis reçue par les étudiants qui gèrent la seule bibliothèque du coin... Spartiate, mais sympa ! Plan a contribué à l'achat de livres et de posters.
Puis visite de chaque classe : comme normalement l'école est finie, tout le monde m'attend bien sagement et la sensation n'est pas terrible. Dans chaque classe, j'ai droit à des danses, des chants, et un nombre incalculable de poses débiles avec les enfants pour satisfaire les photographes. Je suis consciente que c'est une journée de promo et de relations presse pour Plan, mais c'est quand même chiant.
Tous les enfants m'entourent, mais Sandhya me garde jalousement pour elle. J'offre des balles de jonglage aux plus petits qui, ravis, commencent à en lancer dans tous les sens. L'instit va me détester...
Il est déjà temps de repartir. On s'arrête acheter un peu de nourriture pour la famille de Sandhya. On dit au revoir, comme ca, sur le bord de la route. C'est passé trop vite...
Shanta m'emmène faire un brin de shopping et me montrer le coin. C'est très beau. Je partage avec elle mes impressions sur la journée qui vient de passer.
La prochaine fois, j'aimerai bien passer plus de temps avec Sandhya, et pas seulement dans le contexte de cette journée finalement hyper planifiée, hyper codifiée, pas du toute authentique et représentative de la vie locale. On verra comment ca se passe...
En tout cas, j'ai passé ma soirée a réalisé l'importance de ma modeste donation sur le développement du village. Plan soutient 26 projets locaux, allant de la formation aux premiers secours en cas de morsure de serpents en passant par la création d'une maternité. Dans chaque classe, Shanta a demandé qui avait un parrain/marraine de chez Plan : la grande majorité ont levé la main. Ils ont donc besoin de nous, et beaucoup sont encore sur liste d'attente.
Sandhya veut devenir médecin. Les chances qu'elle y parvienne sont minces, car les études sont très coûteuses. Et puis en tant qu'aînée et seule fille, il est tellement plus simple pour les parents de la marier dans quelques années, pour qu'elle déménage chez la belle-famille comme le veut la coutume népalaise. Ce qui, en d'autres termes, veut dire une bouche en moins à nourrir et plus de place dans la riquiqui maison...
Alors c'est là que Plan et moi, on peut agir : moi avec mes sous, Plan en persuadant les parents de la laisser étudier le plus longtemps possible, peut-être pour devenir infirmière ou aide-soignante ou autre. Ce serait déjà vraiment chouette...
Devenez parrain/marraine vous aussi ! http://www.planfrance.org
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